Les raisons d’une campagne timide
Vous l’avez sans doute remarqué, la campagne est morose. Les meetings politiques, les banderoles et les affiches se font si rares qu’on se demande si réellement cette campagne a démarré. Plusieurs facteurs s’associent pour expliquer cette timidité ambiante qui ne peut qu’être inquiétante à moins de deux semaines d’une élection aussi importante que la course vers Beit Salam.
D’abord, les élections à répétition ne facilitent pas les choses. En moins de deux ans, le pays a connu trois élections [référendum en mai 2009, législatives en décembre 2009 et présidentielles 2010]. La population qui est chaque fois sollicitée aux urnes, a fini par s’en lasser. Et surtout que la donne a changé. Les enjeux et les intérêts ne sont pas les mêmes. Les dernières élections avaient un caractère régional. Les électeurs se sentaient directement concernés en utilisant leur expression favorite « Ndé moina ».
Aujourd’hui, le vote est insulaire ou national d’où le désintéressement de la population. En plus, lors des législatives, la tournante était en jeu. Les mohéliens étaient unis et déterminés à barrer la route au camp Sambi accusé de vouloir prolonger son mandat hors constitution au détriment de la tournante mohélienne de 2010. Avec cette nouvelle élection, les mohéliens se disent que quelque soit le gagnant, le président sera mohélien d’où ce renoncement à la grande mobilisation des législatives.
Et ce ne sont pas les candidats qui peuvent réanimer une campagne à bout de souffle. Les prétendants manquent d’arguments. Ils n’arrivent pas à proposer des projets concrets capables de convaincre la population et à la faire bouger. On dirait même que les candidats ont peur d’aborder les électeurs. En l’absence d’un projet de société bien ficelé pour mobiliser la population, c’est l’argent, la corruption et l’achat des consciences qui pourraient palier à ces insuffisances. A l’exception de quelques formations politiques ou plutôt Hommes politiques, les moyens financiers manquent de manière criarde.
L’argent qui a coulé à flot lors des deux dernières élections n’est pas visible en tout cas à Anjouan et à la Grande-Comore. Cela justifie aussi que la population manque de conviction. Personne ne se déplace pour un candidat meilleur dans son projet mais plutôt meilleur pour sa poche. La corruption a gagné du terrain. Chacun reste dans son coin en attendant le prochain corrupteur. Et avec les échecs répétitifs des autorités politiques, tout le monde se dit que « dans tout les cas, ils ne peuvent rien faire. Autant bénéficier d’un cadeau en contrepartie de mon vote ».
Et pourtant, beaucoup de ces candidats n’ont rien pour financer même une campagne légale. On a vu des prétendant emprunter des fonds rien que pour déposer la caution. On a vu d’autres organiser un bal pour « financer » la campagne. Donc, ceux qui n’ont même pas fait d’affiche ce ne sont pas ceux qui vont acheter la conscience des électeurs. Les candidats ont passé leur temps à réclamer la tournante, jusqu’à oublier les voies et moyens qui peuvent les conduire à cette présidence tant convoitée.
Mais si aujourd’hui, les places publiques attendent toujours les premiers meetings, c’est surtout à cause de la croyance populaire que l’élection n’aura pas lieu. En discutant avec la population et même avec les candidats, on constate que rares sont ceux qui croient que le 7 novembre prochain les comoriens iront aux urnes. Du coup, beaucoup attendent tranquillement dans leur coin pour analyser la situation et surtout voir les trois candidats choisis à Mohéli avant de se décider pour qui voter le 26 décembre.
A.A. Mguéni