Notre Ulysse, traçant d’autres voies. Notre Orphée, entonnant une autre musique.
Entre l’homme politique et le citoyen lambda se sont tissés au fil des campagnes électorales, des relations ambigües, d’envoûtement et de déceptions, des rapports qui rappellent curieusement la mythologie grecque, les relations entre les chants des sirènes et les marins. Entre le monde animal et humain…
Rapports de peur bleue et de fascination irrésistible, qui ont donné naissance aux monstres mythologiques, mélange de traits humains et animaux : les centaures (homme et cheval), le Minotaure (homme et taureau), le Sphinx (femme, lion et oiseau), les Sirènes (femme et queue de poisson), images et imaginaires populaires qui considéraient les animaux comme l’incarnation de divinités.
Etrange similitude ! Les hommes politiques sont considérés par notre peuple, comme des donneurs d’ordre, comme l’incarnation des pouvoirs divins. Les sirènes, créatures monstrueuses avaient une voix mélodieuse qui envoûtaient les marins, jusqu’à provoquer naufrage.
Dans mon pays, le monde politique agit pareillement. A chaque élection, des chants mielleux endorment la population, des promesses faramineuses deviennent la principale cause d’aliénation, provoquant désespoir sur désespoir et maintenant le peuple dans la misère la plus révoltante.
Ulysse, le héros grec, pouvait se soustraire des chants des sirènes pour ne pas se distraire. Il ordonnait à ses marins de se boucher les oreilles avec de la cire pour ne pas se laisser envoûter et de l’attacher solidement au mât pour pouvoir sans risque suivre ainsi les airs sans se laisser fasciner.
Les candidats aux présidentielles jouent le même air hypnotisant, pendant que le peuple laisser s'épancher le chant de leur âme.
L’histoire qui se répète avec d’autres mises en scène, mais suivant de près le même scénario. Le pays est en proie à des prises de pouvoir cycliques par des petites factions, qui n’entraînent jamais de transformations profondes et durables, mais de simples changements d’allégeance.
Le peuple pataugeant dans la boue, attend toujours l’avènement d’institutions républicaines et démocratiques, une transformation historique d’importance, convaincu que toutes les tentatives légales de réforme ont échoué.
Alors les hommes politiques ont peur. Peur d’une révolution, peur d’un changement brutal, peur de la violence qui risque de remettre en cause leurs privilèges, de faire table rase du passé.
L’espoir des grands politiques de chez nous est de s’assurer que le roturier continuera à écouter les rêves pour obéir à leurs désirs et à leurs pulsions. Ils savent qu’il est possible de vaincre les voix malfaisantes des sirènes. Dans la mythologie, le musicien Orphée entonnait, sur le pont des voiliers, un chant plus beau pour couvrir leurs voix.
Nous recherchons notre Ulysse, traçant d’autres voies. Notre Orphée, entonnant une autre musique. Pour couvrir les paroles de nos hommes politiques et pour préserver le citoyen du charme des chants des sirènes….