Abou Chihabi, revient sur le devant de la scène
Un pareil évènement est très attendu : le retour sur scène d'une grande légende de la chanson comorienne. Père des musiques pop et folk comoriennes, Abou Chihabi n'a pas fini de parler de lui. Après une longue absence dans l'archipel, il a décidé de rentrer. Il continue à enrichir sa culture et la transmettre aux autres. Le chanteur se produira au Cinéma Alpa Joe, ce samedi 27 novembre. Début janvier, il est programmé à l'Alliance française de Moroni.
Et après trois années passées à chercher à bien s'installer dans l'île, d'échanges et de partages avec des artistes d'ici et d'ailleurs, le père de la chanson comorienne Abou Chihabi revient sur le devant de la scène pour interpréter son répertoire classique. Chantés en swahili et en shimasiwa, ce sont une vingtaine de titres, des connus et autres inédits qui sont à découvrir.
"C'est un retour aux sources", invite Abou Chihabi. "La dernière fois que je suis produit à Mayotte remonte à 1986", parle Abou Chihabi d'un grand concert à lui seul, accompagnés de musiciens qui forment son groupe.
La nouvelle formation du père du Folk Comores Océan est composée de Anne Julie Brutout, "une guitariste française, professeure de musique à Mayotte", le batteur Bébé aux percussions et lui, au chant-lead, à la flûte, à la guitare, à l'harmonica et peut-être son saxophone. "Il y aura deux flûtistes que j'ai invités à m'accompagner dans une chanson.", croit-il n'avoir oublié personne.
Abou Chihabi est revenu sur l'île de sa mère en 2007, décidé à venir s'installer "pour faire évoluer les autres, apporter le peu de connaissance que j'ai aux autres, faire des recherches musicales, me faire évoluer… apprendre ma langue maternelle", dit-il. Il est parti faire un stage de deux ans en France au Centre de formation des musiciens intervenants (CFMI).
Abou Chihabi à l'Alliance française de Moroni, les 7 et 8 janvier
Abou est revenu en août 2009. Il enseigne actuellement à l'école de musique. Auparavant, il intervenait dans des écoles maternelles. "Je fais des collectages de chansons traditionnelles en voie de disparition. Je me rends dans les villages pour rencontrer les anciens.", ajoute-t-il. Il cite en exemple le grand joueur de dzendze de Chiconi Colo Assani.
Avec ce dernier, Dell et deux musiciens malgaches travaillaient dans un atelier création musicale. Le résultat était présenté au dernier festival Milatsika, sous une sous une formation baptisée Maymad. "C'était juste pour une fois, mais on est prêt à jouer ensemble. C'est important la communication entre les musiciens de l'océan Indien.
Après le concert du 27 novembre au cinéma Alpa Joe, Abou Chihabi se produira à l'Alliance française de Moroni, les 7 et 8 janvier prochains. "Ce sont deux concerts organisés par l'Alliance et studio1.", explique le chanteur.
Ce sera encore une fois l'occasion pour l'artiste de retrouver un public qu'il n'a pas revu depuis 18 ans. "Le dernier concert que j'ai effectué à Moroni date de 1992. J'étais heureux de retrouver Salim Ali Amir, Maalesh, Boul et pleins d'autres.", se souvient-il. Ce sont eux qui l'ont "enlevé" et lui ont proposé de faire des concerts, "pour apporter un peu de feeling et de bonheur".
Voilà ce qui est programmé pour l'instant par le groupe Abou Chihabi. "Mais après on verra là où le vent nous emmènera".
Rafik
Abou Chihabi en concert au Cinéma Alpa Joe, le samedi 27 novembre 2010, à partir de 20h. En première partie : Les Enfants Innocents. Entrée : 10 euros.
A 52 ans [en 2007] et avec sa grande carrière de musicien dévoué, Abou Chihabi n'est point un artiste qui se presse dans la vie, ni à sortir des albums tous les jours. Il réfute même l'idée de faire de lui "un maître en musique". Il ne se pend pas non plus pour un grand : "Je reste avec ma modestie et soi-même." Il n'est qu'"un musicien qui cherche à faire de la musique." Un artiste qui apprend tous les jours, maximise-t-il, et qui essaie de s'amuser en gagnant sa vie. "Il ne faut jamais se presser dans la vie, conseille-t-il, l'essentiel est d'évoluer et apporter un peu de bonheur aux gens. Et ma porte est ouverte."
Abou Chihabi a sorti officiellement deux albums. Mais il aurait enregistré beaucoup de chansons "en live" un peu partout. Des musiques qu'il trouve "belles et fantastiques" qui pourraient être produites à tout moment. Sinon il y a dix ans [en 2007], Abou Chihabi sortait en France "Folk Comores Océan", son premier disque composé de onze titres. Son second, enregistré à Moroni (Studio1) à sa demande, "African Vibration" est sorti un an après le premier, en 1998.
Extrait "Abou Chihabi continue à apprendre et partager" (Tounda n°149).