Affaire Combo: Lettre Ouverte au Président de l'Union des Comores
Monsieur le Président
Votre élection au suffrage universel en mai 2006 a suscité beaucoup d’enthousiasme chez les comoriens de l’intérieur comme de ceux de l'extérieur tant l’espoir était grand de voir un jour l’archipel des Comores sortir de la misère. Le discours était prometteur d’un monde merveilleux auquel les comoriens allaient être heureux et fiers de l’être dans un pays épris de liberté et de justice.
Mais ce qui a le plus marqué votre élection, mis à part la sortie de la crise séparatiste à la faveur des Accords dits de Fomboni, qui ont consacré l’alternance démocratique grâce à la présidence tournante, ce sont vos thèmes de campagne notamment celui de la Justice pour le citoyen.
Or aujourd’hui, nous, notables de la communauté comorienne de France, sommes préoccupés par les événements qui caractérisent l’actualité récente dans l’Union des Comores depuis bientôt un an. Cette situation nous interpelle au plus haut point puisqu’elle plonge des familles entières dans la détresse et le pays dans une instabilité qui touche le cœur de la défense nationale.
Beaucoup d'assassinats ou tentatives ont été perpétrés à Anjouan, à Moheli comme en Grande Comore. Ceux-ci restent aujourd’hui non élucidés ou tout simplement impunis. L’assassinat de Farouk Mohamed (syndicaliste) et d'Abdallah Salim (ancien Préfet), la tentative d'assassinat d'Abdou Mmadi Boina (Adjudant-Chef de la police) et de Kadafi Bouchrane (chauffeur), etc. font parties de ceux-là.
Mais le cas le plus marquant est celui de l’assassinat du colonel Combo Ayouba, abattu dans son domicile le 13 juin 2010. Dans cette affaire, beaucoup de zones d’ombre subsistent et la conduite de l’enquête laisse planer le doute.
Nous nous interrogeons sur les visées réelles de la justice quand on sait que beaucoup de témoins clefs ne sont pas entendus dans cette affaire et que, le lendemain de cette exécution, le Directeur de la sureté, Abou Achiraf a ordonné la libération immédiate des étrangers, d'origine ukrainienne, interpellés en possession d’équipements militaires au moment où ils s’apprêtaient à prendre l’avion, n'ont pas été inquiétés, n'en parlons plus d'arrestation.
Dans ces circonstances, nous nous demandons également pourquoi le procureur de la république a été écarté de cette affaire au moment où il a voulu élargir le champ d'investigations.
Tout cela est très inquiétant et ne nous semble pas conforme à vos promesses de campagne, à la justice d'un Etat de droit. L'exécution du Colonel Combo Ayouba a visé la tête de l'institution militaire et mérite d'être élucidée sans passion ni rancune, ni basse manœuvre politique.
Monsieur le Président, votre Ministre de la Défense a bien précisé que le général Salimou Mohamed Amiri est un justiciable. Peut-être bien, mais permettez nous, Monsieur le Président, de dire que les conditions qui ont orchestré à son arrestation, sa mise en résidence surveillée ainsi que celles de sa détention relèvent d’une justice d’exception puisqu'elles n’ont respecté ni les règles ni les procédures afférentes aux fonctions qui sont les siennes.
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En effet, il s’avère aujourd’hui que le général Salimou Mohamed subit les pires traitements et privations pour une personne dite en résidence surveillée, que sa résidence est transformée en prison avant même qu’il ne soit jugé, et qu’il reçoit également des menaces de mort de la part de ses geôliers pour lui faire subir une exécution qui ne dit pas son nom.
Excellence Monsieur le Président, nous voudrions attirer votre attention particulière sur cette situation inquiétante qui ne manque pas de soulever des interrogations autant qu’elle sème le doute d’un règlement de compte, surtout quand on a en mémoire les événements qui ont émaillé l’institution militaire et bouleversé votre cabinet présidentiel au premier semestre de cette année 2010.
Dans ce contexte, la lettre du 27/05/2010 du général Salimou Mohamed faisait état d’un complot qui visait à l’éliminer physiquement, comme celle en réponse de votre directeur, de cabinet, Ministre de la Défense d’alors Mohamed Bacar Dossar, sont édifiantes du climat délétère dans cette institution militaire. Dans un tel climat de suspicion et parfois de haine où l’accusé d’hier devient aujourd'hui accusateur, il est difficile d’envisager une justice apaisée et impartiale, garante de vérité et d'équité.
Ainsi, Monsieur le Président, pour garantir au peuple comorien une justice équitable, nous, notables de la communauté comorienne de France restons attentifs et mobilisés pour exiger :
Des garanties pour la sécurité du général Salimou et la libération immédiate de celui-ci
La remise en liberté de tous les militaires arbitrairement emprisonnés
Des garanties sur la transparence dans la conduite de l’enquête concernant l’assassinat du colonel Combo Ayouba
Signataires :
Anjouan, Mohéli, Région de Babao, Région de Boudé
Région de Boinkou, Région de Dimani, Région de Hamahamet, Région de Hambou
Région d'Itsandra, Région de Mbadjini, Région de Mitsamihouli, Région de Oichili
Paris, le 23 octobre 2010
Pour ampliation
- Présidence de l'Union des Comores
- Ambassadeur des Comores (France)
- Ministère des Affaires Etrangères (France)
- Ligue des Etats Arabes, Unité Africaine
- Union Européenne, Fédération International des Droits de l'Homme