Ali M`madi : « Le peuple ne vous pardonnera jamais »
Monsieur le Président,
Vous venez de passer le cap des deux années de mandat. Et si mes calculs sont bons, il ne vous reste que quelques petits vingt deux mois pour relever des défis qui sont immenses, et surtout permettre vos engagements électoraux de ne pas devenir le rêve d’un horizon chimérique. C’est la seule façon d’ailleurs de ne pas manquer votre rendez-vous avec l’Histoire.
Le pays est frappé de plein fouet par une crise sans précédent. L’économie va très mal et la population est au bord d’une catastrophe sociale. Au regard de vos promesses de campagne, non seulement le compte n’y est pas, mais aussi et surtout leurs chances d’aboutissement deviennent de plus en plus maigres. Vous le savez très bien Monsieur le Président !
Le projet habitat est presque enterré à cause de graves erreurs de gestion. La lutte contre la pauvreté est reléguée au second rang, à défaut de véritables perspectives. Et l’idée d’une justice équitable pour tous semble abandonnée.
On a le sentiment qu’après deux ans d’atermoiements et de tergiversations, votre régime s’enlise et se résigne ; qu’à la surprise générale, votre personnalité est devenue tout d’un coup narcissique.
Monsieur le Président, vous ne cessez de dénoncer les mauvais conseils de votre entourage sans vouloir jamais en tirer les conséquences ; vous reconnaissez que le fonctionnement actuel de nos administrations est chaotique sans afficher aucune volonté de réforme ; vous admettez que le développement des Comores passera forcément par l’investissement public et privé, vous ne proposez que des solutions hypothétiques, inacceptables et inapplicables au demeurant.
Voilà la réalité de ce que l’on appelle vaguement le pouvoir. C’est une contrainte, une responsabilité. Si vous ne le maîtrisez pas, il vous échappe.
Le peuple ne vous pardonnera jamais
Le peuple comorien, généralement patient et généreux, mesure aujourd’hui le danger qu’il encourt avec une politique peu imaginative et moins audacieuse. Il vous demande de le regarder, de considérer ses souffrances et d’agir pour lui par le mandat qu’il vous a confié en mai 2006. Sinon, il ne vous pardonnera jamais. Comme beaucoup de vos prédécesseurs.
Alors, comment ? Au moins deux exigences s’imposent.
D’abord, cessez d’être le Président d’un clan, d’une mouvance ou d’une île ! Car vous êtes élu pour être le Président de tous les Comoriens. Et le peuple n’a pas souhaité cette espèce de pugilat au sommet de l’Etat. Vouloir entretenir cette guéguerre avec les îles autonomes jusqu’à la fin de votre mandat, vous contribuerez délibérément à la stagnation, voire au recul du pays. Il est donc temps de pensez à la réconciliation, dont vous êtes certainement le seul à détenir la clé, pour garantir la cohésion du peuple comorien.
La deuxième exigence, Monsieur le Président, concerne vos entourages qui, selon vos propres termes, ne vous livrent que des "mauvais conseils". C’est vous qui êtes élu pour conduire les destinées des Comores. Pas eux. C’est seulement vous qui endosseriez la responsabilité d’un éventuel échec.
Je vous rappelle que l’un des rôles majeurs d’un responsable politique et plus particulièrement d’un chef d’Etat, c’est de prendre les bonnes décisions au bon moment. Et en cas d’erreur, il doit en tirer immédiatement les conséquences. Au niveau des nominations notamment aux postes de grandes responsabilités, cette exigence est beaucoup plus forte. Et comme dit l’adage : « mieux-vaut tard que jamais.» Monsieur le Président, vous devriez vous en inspirer !
Ali M'madi
Journaliste