Harmia et Idi : Stratégie ou désamour ?
Par El Amane Ali
Le Courrier de Moroni
Exprimer ouvertement ses opinions politiques dans un couple peut être un facteur de dispute. Lorsque le partenaire affiche un point de vue totalement différent du sien, la situation devient parfois difficile à supporter : il est difficile d’admettre que cette personne que l'on aime et admire puisse avoir de telles opinions.
C'est en réalité une situation à laquelle de nombreux couples sont confrontés, à l'image du couple que compose le républicain Arnold Schwarzenegger et la fille de Kennedy, figure emblématique des démocrates, aux États-Unis ou même le couple people du vice-présidentiel comorien, Idi Nadhoim et la bâtonnière du barreau de Moroni, Me Harmia Ahmed. Si quelques uns arrivent à maintenir un équilibre dans ce moment de tensions et de troubles, malgré les désaccords politiques auxquels ils doivent faire face, beaucoup ne supportent pas cette divergence d’opinion, et se battent comme des loups sur le champ de bataille.
Parlons-en : la campagne présidentielle comorienne de 2010 est comme toutes les campagnes : houleuse, endiablée, passionnante, difficile... Elle a également ses particularités, notamment celle de lancer les défis les plus coriaces aux opposants et surtout celle de jauger la confiance des intimes. Plus secondairement, le fait qu`Idi Nadhoim, vice-président de l`Union des Comores, candidat à sa propre succession et sa femme, l`avocate de l`ancien Chef d`Etat-major, le général de Brigade Salimou Amiri s`engueulent et se déchirent sans langue de bois dans le cadre des élections qui marque les médias, les esprits des plus avisés vu qu`un mohelien briguera la présidence des Comores pour la première fois de l`histoire.
Au début, c`était comme un conte de fées : ensemble, ils ont soutenu à cœur joie le majestueux Sambi. Ensuite, une histoire longue se présage où le couple se sépare idéologiquement. Les miettes du pouvoir sont amères et chacun décide de son gré de tracer son chemin, un long fleuve qui ne dit pas son nom. Sur un coup de tête, l`un se présente aux élections présidentielles mais cette fois-ci aux cotés de Larifou Mohamed Oukacha. Un banni parmi d`autres qui ont soutenu hier le Chef de l`Etat. Idi croit dur comme fer qu`il cravachera le clan Sambi une fois réélu car la vengeance est un plat qui se mange froid. Sans amour ni hypocrisie, l`autre s`avance d`un pas géant pour soutenir la campagne d`Abdou Djabir et Saïd Larifou. Et c`est là que les choses se compliquent étonnamment.
Depuis quelques temps, les dissensions entre ces deux figures du revers de la médaille font encore parler d'elles... Mme Harmia annonce en pleine campagne aux proches qu`elle ira jusqu`au fond des océans pour chercher le fric et tout ce qu`il faut pour honorer et offrir la gloire aux hommes de droit : « J'ai demandé à Idi de prendre un peu de recule et d`envisager autre chose pour l`avenir, de vivre sa vie d`autrefois. La politique ne concilie pas amitié et plaisir. Ne lie pas courage et avantage. Sambi nous a donné une bonne leçon et c`est pour cela qu`aujourd`hui je prends les choses en main sans l`avis de personne et pour moi le couple Djabir et Larifou est incontestablement le meilleur, sans mentir ». Tout est dit !
Le voile est tombé : l'avocate de Salimou a signé un pacte avec des patrons très riches en matière de finance des Emirats arabes unies, pour assurer les fonds de la campagne d`Abdou Djabir et le parti MSADA. La bâtonnière du barreau de Moroni s'est depuis véritablement éloignée de toutes les querelles inutiles.
En matière de soutien moral, si le PDG de la société « Idi ENGENERING » s'est dit abandonné par les figures de son parti, les amours, la grande classe de la région de Mbadjini lors de ce combat sans merci, il déclare sentimentalement : « Mon soutien moral ne lui a jamais manqué. J'ai tenté de la mettre en garde sur les risques qu'elle prenait. [...] Puis j'ai estimé que mes interférences pouvaient être préjudiciables ».
Dans ses déclarations de propagandes, le colistier d`Oukacha ne règle pas ses comptes, il veut donner des explications, trouver des solutions. Aucune rancœur ne semble l'animer, lui qui est le cauchemar des mouvances, lui qui sème la zizanie à chaque tempête sans semences. Un ami du couple signale également qu`Idi « a fait passer le message à ses amis qui restent dans l'entourage de Harmia Ahmed : protégez-là ». Me Harmia, de son côté, a pris sa route loin des figures du régime et de son chouchou mari. Maline, elle s'est ainsi exprimée qu`elle reste coute que coute telle qu`elle est.
PDG Idi Nadhoim et Me Harmia Ahmed, deux stratégies différentes, mais un même désir d'avenir... relancer la machine de l`entreprise en cas d`échecs ?