Nouveaux prophètes ou jeunes loups aux dents longues ?

Publié le par Inoussablog

Je publie ci-dessous une réflexion personnelle sur l’avènement de nouveaux partis politiques aux Comores. Ce texte devait être publié en juillet dernier dans une revue nationale consacrée aux questions socio-politiques. Malheureusement, le projet a foiré.

18736 1237787103251 1186465805 30591194 7865852 nIls sont avocats, diplomates, enseignants ou cadres supérieurs de l’administration publique/privée. A la faveur du divorce entre les Comoriens et les « dinosaures » (terme qui désigne la vieille classe politique), ils sont descendus dans l’arène et cherchent à renouveler le discours politique. Ils, c’est la nouvelle élite politique des Comores. Ambitieux (parfois trop), ils ne disposent pas, contrairement à leurs ainés, d’un passé militant, ni d’une réelle culture politique. Ces Opni (Objets politiques non identifiés) ont, toutefois, le mérite de mettre de la fraicheur ou plutôt de l’huile dans les rouages d’une machine politique grippée.

L’affaissement des partis politiques traditionnels tels que l’Udzima, l’Undc ou encore le Front démocratique (FD), dont l’électorat s’est érodé au fil du temps, a donné lieu à une nouvelle élite politique qui se dit porteuse d’un nouveau discours politique et d’un nouveau projet de société. Ces leaders – le mot n’est-il pas assez fort – prônent la rupture avec le passé et partagent la particularité de n’avoir pas assez « mouillé leur chemise » dans le ring politique, ni usé le fond de leurs culottes dans le militantisme politique pour en arriver là. « La plupart d’entre eux sortent de nulle part et ne sont connus de personne » critique Ali Hamada, taximen de son état.

Selon lui, la politique, telle qu’elle se pratique aujourd’hui aux Comores, le répugne au point de ne plus avoir souvenance du dernier scrutin au cours duquel il a voté. Dépit d’un citoyen isolé ou constat assez partagé ? Une chose est certaine : le faible taux de participation aux dernières élections, quoique parfois gonflé pour masquer une triste réalité, illustre à merveille ce désamour des Comoriens pour la chose politique. Les retournements de veste spectaculaires des acteurs politiques et la foule de promesses non tenues ont achevé de sceller ce divorce. Dans l’imaginaire collectif, la politique est synonyme de ruse, de mensonge et d’hypocrisie. Elle a cessé de remplir sa fonction (notamment celui d’éducation à la citoyenneté) pour devenir simplement un moyen d’atteindre les cimes du pouvoir.

Le principal défi de la nouvelle élite est donc de redonner à la politique ses lettres de noblesse. Mais, l’on est en droit de se demander si, pour opérer leurs choix sociétaux, les Comoriens ont encore besoin d’un parti politique. Au vu des derniers scrutins, la question, provocatrice à souhait, mérite d’être posée. En effet, ni le candidat Ahmed Abdallah Sambi, ni Mohamed Abdouloihabi, ni Mohamed Ali Said, encore moins Moussa Toybou, ne se sont appuyés, en tout cas très peu, sur un appareil politique pour devenir ce qu’ils sont (président pour l’un et gouverneurs pour les autres).

Aujourd’hui, ce sont plutôt les candidats indépendants (ou apparentés) qui ont le vent en poupe. Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter un coup d’œil rapide sur la composition de l’assemblée nationale ou des conseils des îles. Personne ne peut dire avec exactitude à quelle formation politique appartiennent les députés Bourhane Hamidou, Andoudou ou encore Ahamada Djaé ? Et les élus qui revendiquent leur appartenance à un parti ne peuvent jurer, la main sur le cœur, qu’ils l’ont été grâce à une machine électorale partisane. Des formations politiques qu’on croyait solidement implantées dans l’archipel comme la Crc (Convention pour le renouveau des Comores), le Front démocratique (Fd) ou le Ridja ont mordu la poussière et ne comptent, à l’arrivée, aucun représentant à l’hémicycle. Loin d’interpeller les consciences, on semble plutôt se résigner à cet état de fait.

Mais, l’exemple le plus frappant – le plus récent aussi - de la faillite de la politique aux Comores est l’exclusion des partis au dialogue national sur la gestion de la période intérimaire au profit des quatre exécutifs (Union et îles). Ce choix est d’autant plus surprenant qu’il a reçu l’onction de la communauté internationale. Les observateurs se demandant, à raison, comment peut-on concevoir une démocratie sans partis politiques ? Comment donc la communauté internationale peut-elle exiger le respect de l’Etat de droit en ignorant les éléments fondamentaux qui concourent à cet objectif ? Le président du parti Panaco (Parti national des Comores), l’ex-ambassadeur des Comores au Caire (Egypte), Mohamed Ali Dia, ne mâche pas ses mots quant à cette volonté manifeste de mettre hors jeu les leaders politiques : « On peut reprocher mille et une choses aux formations politiques nationales, mais, dans une démocratie digne de ce nom, elles sont utiles au fonctionnement des institutions. C’est dommage que la communauté internationale exige, d’une part, une gouvernance démocratique aux Etats africains et cautionne, d’autre part, l’exclusion du débat national les partis politiques ».

Si elle ne diffère pas fondamentalement des « dinosaures », la nouvelle élite politique cherche, en tout cas, à innover dans ses méthodes de travail, de par son ouverture au monde et de sa compréhension des enjeux du moment. C’est ainsi que l’usage d’Internet comme moyen d’expression et de mobilisation des électeurs est devenu la règle chez ces partis, tel le Ridja dont le site bat aujourd’hui des records de fréquentation. Le candidat Sambi a su, en 2006, surfer sur ce mode de séduction des jeunes pour s’attirer les faveurs de cet électorat. Certains de ces « nouveaux leaders » disposent également de chaines de radio et de télévision (Crtv, Djuwa,…), de permanences (sièges) à Moroni et inventent de nouvelles formes de contestation (sit-in, marches pacifiques,…).


On peut regretter que le citoyen lambda n’arrive aujourd’hui à établir une nette différence entre ces formations tant elles ne disposent pas d’un projet de société clair et semblent mues par le seul souci d’exister et de participer au « grand diner national ».

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Publié dans Tribune Libre

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