Trois questions au ministre de l'Economie, M. OUBEIDI Mzé Chei

Publié le par Al-Watwan des Comores

Nous publions ci-après une interview de M. OUBEIDI Mzé Chei, Ministre de l’Economie et du Commerce Extérieur dans laquelle il revient sur son bilan et dévoile son plan d'action.

59311 1371399890513 1397246800 30829248 7063868 nVous êtes nommé à la tête du Ministère de l’économie et du commerce extérieur depuis bientôt 5 mois. Quelles actions avez vous pu mettre en oeuvre?

Avant de répondre à votre question, Je voudrais saisir cette occasion pour remercier son excellence Ahmed Abdallah Mohamed Sambi pour la confiance qu’il a bien voulu m’accorder en me nommant à ce poste important. Et pour revenir à votre question, j’ai deux objectifs essentiels : Lutter contre la sortie des devises mais surtout stimuler fortement la création d’emplois.

Concernant d’abord la sortie de devises : je ne fais que répéter la même rengaine depuis que je suis à la tête de ce Ministère et je continuerai à le dire : en 2009, on a importé pour 63,9 milliards de francs comoriens d’importation c’est à dire 63,9 milliards de FC sortis des Comores et 4,4 milliards FC d’exportations, c’est à dire 4,4 milliards FC entrés dans notre pays. Faites le compte vous même. Heureusement qu’il y a encore les transferts de devises de la diaspora pour permettre au pays de tenir la tête hors de l’eau.

2) Que comptez vous faire pour empêcher la sortie de devises?

Dans l’immédiat, je n’ai pas mille solutions. Il faut créer de la richesse et créer des emplois. Pour moi, c’est le financement de petites et moyennes entreprises qui constituent la réponse adéquate pour lutter contre la sortie de devise et réduire le chômage.

J’aimerai rappeler qu’au cours de la conférence de Doha, le secteur privé comorien a présenté des projets intéressants allant de l’agro-alimentaire comme la production de jus de fruit, élevage de poulets, caprins, etc… en passant par l’aquaculture à la manufacture notamment la production de sel, unités de fibres de coco, Emballage… Evidemment, si les banques de la place pouvaient financer ces projets, on ne serait pas parti à Doha chercher financements. Qu’est ce qui se passe en fait ? La politique des banques de la place est plus portée sur le financement des opérations commerciales telles que l’importation de riz, du ciment et autres produits alimentaires plutôt que le financement du secteur industriel. Cela a pour conséquence une émergence des petites épiceries dans le paysage économique local. Or, il y a un réel besoin de financement, ne serait ce qu’au vu des projets présentés à Doha. Quel est, d’après moi, le problème de fond ? Dans notre pays, le financement bancaire de l’économie est très limité. Les banques de la place hésitent à financer véritablement les PME pour mille raisons. Cependant, si, dans un premier temps, des fonds de garantie pouvaient être mis en place pour rassurer les organismes de prêt, le risque sera alors limité. Mais il ne faut pas non plus que les promoteurs pensent que s’il y a un fonds de garantie, ils peuvent faire n’importe quoi. Pour ceux qui ne seraient pas sérieux, il faut savoir que le recours à un fonds de garantie suppose que tous les recours de justice c’est à dire les avis à tiers détenteur, la contrainte par corps, la saisie etc.. ont été épuisés. C’est important de le souligner.

3) Concrètement, quelles mesures précises allez vous prendre ?

La première mesure en chantier est la détaxation de l’or. Tout le monde peut importer de l’or ou des pierres précieuses ou les exporter sans aucune contrainte, sans aucun paiement de taxes ou de droits. Il suffit de faire une déclaration en douane à l’importation ou à l’exportation selon le cas. Nous avons également règlementer la norme en matière d’or. Contrairement à d’autres pays où l’or est à 15 carats, l’Union des Comores retiendrait la norme de 18 carats alors qu’à Dubai, par exemple, la norme est de 22 carats. Nous allons bientôt mettre en place un organisme indépendant de contrôle des carats. Avec cette norme, je pense que les organismes de prêt accepteraient l’or comme garantie. Grâce aux prêts qui seraient consentis, on pourra peut être amorcer un début de relance de l’activité économique. Les artisans bijoutiers peuvent relancer l’orfèvrerie des Comores, réputée pour son originalité et attirer un tourisme d’affaire. De surcroît, une telle mesure permettra de ré-injecter dans le circuit économique l’or qui « dort » dans les foyers. Et, à terme, nous souhaitons que les Comores deviennent une place importante de négociation de l’or. En tout état de cause, l’Union des Comores n’aura rien à perdre. Je précise enfin que la loi est votée et les textes d’application publié conjointement par le Ministre des Finances et moi-même.

Ma deuxième priorité est la création d’une zone franche de réexportation vers les pays de l’Océan Indien, de l’Afrique de l’est et australe, et à terme, le marché européen et américain. Ce qui suppose que la transformation qui sera faite aux Comores sera suffisante pour conférer au produit l’origine comorienne. Nous avons déjà identifié le promoteur ainsi que les lieux en Grande Comore, Anjouan et Mohéli.

Nous avons des atouts considérables : un Aéroport international à Moroni, un Port d’éclatement à Mutsamudu, une situation géographique attrayant qui fait qu’à partir des Comores, on se trouve à 2 heures d’avion et 2 jours de mer pour atteindre les principales capitales de la région, nous avons une monnaie convertible, un code d’investissement attrayant, la possibilité d’exploitation de nos accords commerciaux pour exportations en franchise des droits de douanes à l’entrée des pays faisant partie des zone de libre échange dont les Comores sont signataires comme le marché Commun de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique Australe (Comesa), de la Commission de l’Océan indien (COI), de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI), du GAFTA ou Greater Arab Free Trade Area de la Ligue arabe, de l’AGOA ou African Growth and Opportunity Act. Ce sont des opportunités à saisir pour tout investisseur potentiel et qui offrent un marché de plus de 400 millions d’habitants.

La troisième action du Gouvernement est de faire en sorte qu’on adhère à la Société Islamique de Développement dont le sigle est le SID ainsi qu’à la Société Islamique d’Assurance des Investissements et crédits à l’exportation connus sous le sigle SIACE. Ce sont des institutions de la Banque Islamique de développement. Pour le SID l’accord a été signé. Il reste à être ratifié par l’Assemblée nationale. Avec cette adhésion, le pays pourra accéder aux financements de projets du secteur privé qui contribuent à la croissance économique. Quant à SIACE, l’adhésion permettra aux promoteurs comoriens d’avoir accès au fond de garantie de 120 millions de $ annoncé à Doha. Nous attendons la décision du Conseil d’administration de la BID sur notre adhésion.

On ne peut pas aussi ignorer la reprise du Galawa qui représentait, quand elle était en activité, 3% du PIB. C’est énorme ! Pour cela, j’ai sollicité auprès de nos partenaires un expert en identification de projets en vue de préparer l’ouverture de Galawa.

Nous comptons, en partenariat avec l’UCCIA (Chambre de commerce) organiser une Foire avec les partenaires étrangers ayant un savoir faire reconnu pour présenter des petites unités de production afin d’inspirer les promoteurs comoriens. Il faut commencer à produire pour créer de la richesse car le commerce qui consiste à importer pour vendre en l’état ne crée pas de richesse mais contribue à la sortie massive des devises. Voilà pour mes principales actions.
Propos receuillis par MIM
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Publié dans Interviews

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