Mohamed Ismael : « Mon unique crainte, c’est la fraude »

Publié le par Bangwenet

Ancien ministre de l’éducation et porte-parole du gouvernement Elbak, Mohamed Ismael brigue le gouvernorat de Ngazidja. Voici une interview qu’il a accordée à La Gazette / HZK-Presse
 

1246.jpgAncien ministre de l’éducation et porte-parole du gouvernement Elbak, Mohamed Ismael brigue le gouvernorat de Ngazidja. Secrétaire général du Front Démocratique, ce natif de Mdé Bambao assure vouloir mettre son expérience politique au service de l’île. Dans une interview qu’il a accordée à La Gazette / HZK-Presse, ce professeur de philosophie parle de son bilan, ses projets et ses craintes pour ces élections.

Question : Pourquoi, on doit voter pour vous ?

Mohamed Ismael : (Hésitation). C’est une question difficile. Mais je crois que parmi tous les candidats, je suis le plus politique et l’élection est une activité politique. En plus, j’ai toujours combattu pour l’unité de ce pays, son intégrité mais surtout le bien être de la population. Et il y a de gros enjeux tant pour l’élection des gouverneurs que celle du président de l’Union. L’enjeu numéro un est l’unité même du pays. Connaissant les problèmes qu’a connus le pays jusqu’ici, nous savons pertinemment la fragilité qui attend la présidence mohélienne. Parce qu’il vient malheureusement de Mohéli, le futur chef de l’Etat n’aura pas les assurances psychologique qu’aurait bénéficié un président de Ngazidja ou de Ndzouani. Et si vous ajoutez à cela, le séparatisme ambiant dans toutes les îles, vous comprendrez que le président de Mohéli aura du pain sur la planche. Il aura plus de problèmes que ses prédécesseurs. Pour cela, il faut des gouverneurs des îles très patriotes notamment à Ngazidja. Il faut quelqu’un qui soit suffisamment convaincu de la cause nationale pour ne pas contribuer à la dislocation du pays.

Question : Si vous avez décidé de vous porter candidat, je suppose que vous connaissez un peu les problèmes de Ngazidja. Quels sont justement ces problèmes ?

M.I. : Je les connais plus que les autres candidats car je les ai vécus moi-même. J’ai participé au premier gouvernement de l’île de Ngazidja. C’est nous qui avons initié et pratiqué pour la première fois ces nouvelles institutions. J’ai fait partie des gouvernements d’Elbak dont j’ai été toujours porte-parole pendant 5 ans. J’ai conduit toutes les délégations dans les rencontres entre les comoriens et la communauté internationale visant à stabiliser le pays. Donc, je connais très bien les problèmes de Ngazidja. D’abord la proximité entre l’autorité de l’île et l’autorité fédérale. Comme on dit, pourquoi aller voir les sains lorsque le prophète est là. Parce que nous sommes des îles, à Ngazidja se trouve la capitale de notre pays. Et il se trouve aussi que les institutions fédérales se trouvent ici. L’autorité de Ngazidja a du mal à émerger parce qu’il se trouve qu’elle a à s’exercer sur le même terrain que celle de l’Union. Et puis la volonté. L’autorité fédérale a toujours l’impression qu’en laissant le terrain à l’autorité de Ngazidja, elle va disparaitre totalement. Et pour être clair, compte tenu des habitudes les autorités de l’Union croient que l’union n’a d’existence ou d’influence que lorsqu’elles s’accaparent de toute l’administration de Ngazidja. L’autorité de l’Union est absente dans les autres îles, et c’est une des raisons qui ont poussé au séparatisme.

Question : Quel est votre bilan de 5 ans de ministre que vous allez mettre défendre pour que les électeurs vous donnent leur confiance?

M.I. : D’abord, il ne faut pas oublier les circonstances dans lesquelles on se trouvait. J’ai participé dans des gouvernements dont les ministres étaient en prison sans procès. Sans pour autant parler d’un pouvoir normal, on a un bilan. Il ne manquait pas d’instituteurs, ni de professeurs. Nous avons lancé une politique qui a réussi qui consistait à « un enseignant, une classe ». Donc tous les élèves qui avaient accès à la scolarité avaient des enseignants. Et de deux, on a construit 147 salles de classes. On a construit des collèges. On a aussi initié l’idée de généralisation des 50% qui était chez les professeurs aux instituteurs. Nous avions aussi mis l’accent sur la formation des enseignants. Nous avons institutionnalisé la formation continue des enseignants. Cela nous permet de gagner un enseignement de qualité. Malheureusement, les gens ici, croient que les résultats dans l’enseignement peuvent être visibles dans deux ou trois ans. Et pourtant, il faut 10, 15 ans pour voir les premiers résultats.

Question : Malgré ce bilan, les électeurs ont refusé de renouveler le mandat de votre équipe…

M.I. : Ce n’est pas moi qui avais tenté de renouveler le mandat mais Elbak.

Question : Mais vous étiez dans son gouvernement…

M.I. Bien sur. Et j’ai même soutenu Elbak. Donc tu as raison de poser cette question. Mais je ne crois pas qu’Elbak n’est pas élu parce que son bilan était négatif. Il ne faut pas oublier que c’est lui qui a mis en place toutes les institutions de Ngazidja et c’était positif. Et si le vote était une sanction, on ne voterait pas pour une personne qui n’a rien du tout fait à la place de celui qui a réalisé des projets. Il y avait d’autres paramètres comme la fraude électorale. C’est lui qui a gagné ces élections, on ne l’a jamais vu sur le terrain. En plus, on ne peut pas comprendre que celui qui a combattu l’autorité de la Grande- Comore, qui a tout fait pour que les compétences de l’île ne lui soient pas transférées, soit celui qui a été élu. Et puis, un régime sanctionné ce n’est pas à 500 voix. Elbak n’est pas allé au deuxième tour car il lui manquait 500 voix, ce qui signifie qu’il y avait dans notre camp une démobilisation.

Question : Vous avez soulevé le problème de la fraude. Est-ce qu’aujourd’hui, vous êtes rassuré qu’il n’y aura pas de fraude ?

M.I. : Je suis sûr du contraire. C’est mon unique et principale inquiétude. Tous les candidats, en tout cas ceux qui croient que la fraude ne leur profiterait pas, doivent se mobiliser. Je lance cet appel à tous les candidats parce que je crains une fraude massive. Regardez-vous-mêmes. On pourrait croire que les comoriens boudent les élections. Ce n’est pas vrai. C’est sciemment organisé. Ceux à qui la fraude peut profiter font le tout pour que les comoriens ne sentent pas concernés par ces élections.

Question : Comment ?

M.I. : Ils ne font pas de campagne. Ils n’osent pas entrer dans les villes et villages à la rencontre de la population est pourtant, ils maintiennent leurs candidatures. Parce que c’est une fraude organisée.


Propos recueillis par A.A.Mguéni

 

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Publié dans Interviews

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