Bounou : « Je ne traîne pas de casseroles »
Candidat aux élections primaires de Mohéli pour la prochaine présidentielle de l'Union des Comores, Said Dhoifir Bounou, ancien président de l'assemblée a précisé les raisons de sa candidature et ce qu'il envisage faire s'il est élu président des Comores.
L'on dénombre huit prétendants de l'opposition sur une dizaine de candidats à la candidature, Comment expliquer cette multitude de candidatures et pourquoi l'opposition part-elle en ordre si dispersé ?
Vous savez, c'est la première qu'il échoit à un Mohélien de briguer la magistrature suprême. Mohéli attendait beaucoup, même si, dans le temps, rien n'empêchait tout Mohélien d'être candidat à l'élection présidentielle. Il est normal que chacun tente sa chance, sinon il faudrait attendre douze ans, pour que le tour revienne à Mohéli. L'opposition part en ordre dispersé : c'est l'une des conséquences de l'absence de véritable parti de dimension nationale. Mais je suis convaincu que nous pouvons retrouver au scrutin national et même avant, pourquoi pas ?
En ce qui vous concerne, qu'est-ce qui motive votre candidature ?
Je suis dans la continuité du combat qui a toujours été le mien, celui des valeurs comoriennes. Ce combat qui ne date pas d'aujourd'hui et suffisamment connu de tous est celui du changement, celui de l'intégrité et de moralité.
N'êtes-vous pas en train de tenir un discours déjà entendu en pareilles circonstances ?
Peut-être et je dirais même sûrement Mais la valeur d'un discours ne vaut pas par les propos tenus mais par celui qui les tient. En plus de 25 ans de vie publique, les Comoriens me connaissent très bien, je ne traîne pas de casseroles.
D'aucuns reprochent à votre colistier en Grande-Comore d'être peu connu et chef d'un tout jeune parti, pas assez implanté dans le pays et qui, aux dernières législatives, n'a obtenu aucun siège. N'est-ce pas un handicap pour vous? Qu'est-ce qui a motivé ce choix ?
Ecoutez, les législatives sont une élection, les présidentielles en sont une autre. Mahamoud, car il s'agit bien de lui, est jeune et plein de dynamisme. Moi, j'ai l'expérience, d'autres ont d'autres atouts. Nous allons réunir tout cela. Vous comprenez qu'un gouvernement est une équipe, chaque membre d'une équipe a une place précise et un rôle spécifique à jouer.
On dit encore que Mahamoud serait votre caution vis-à-vis des Français qui ne verraient pas en vous un tendre à leur endroit...
Mais laissez-moi rire. Pour peu que je sache, les Français ne votent pas ici. Et puis je ne sais pas pourquoi pour être élu ici, il faudrait une telle caution. J'ignore si Mahamoud a des sympathies pour la France ou pas. En ce qui me concerne je ne nourris aucune haine quelconque à l'endroit de la France. Je ne suis ni contre la France qui est un partenaire incontournable de mon pays ni contre les intérêts français. Si l'on me suppose anti-français pour ma position au sujet de Mayotte, alors on se trompe. Défendre Mayotte est un devoir pour tout patriote comorien. J'en suis un parmi tant d'autres et je ne fais que mon devoir. Ceci dit, il faudrait comprendre qu'un jour ou l'autre, les Comores et la France devront, ensemble, trouver une solution à ce désaccord désagréable pour reprendre une épithète déjà utilisée par un homme d'Etat français.
M, Dhoifir, quelles seront vos priorités, sur le plan économique ?
Mon souci majeur est l'emploi. Car l'on ne peut concevoir le développement sans l'emploi. L'emploi constitue la colonne vertébrale de mon programme. Quand on pense au développement d'un pays, l'on pense forcément au bonheur et au bien-être de tous et de chacun. Voilà pourquoi notre priorité demeure le travail et l'emploi.
Vous avez été, dans votre jeunesse, proche d'Ali Soilihi, avez-vous gardé quelque chose de lui ?
Absolument. Ali Soilihi nous a appris à compter d'abord sur nous-mêmes. C'est cette valeur-là que nous ressuscitons pour l'imprimer dans la conscience de chaque Comorien. Nous ne devons pas compter d'abord sur l'aide extérieure. Nous devons compter d'abord sur nos propres forces. Un sage a dit que toute aide qui ne nous aide pas à nous passer de l'aide doit être refusée. Pour nous, l'aide doit nous aider à ne plus être aidés.
MOHAMED Hassani
AIbaIad Comores N° 345 du 21 septembre 2010